Créative entrepreneuse : Léa Santamaria

« La librairie a changé ma vie »


Parfois, un événement inattendu peut modifier en profondeur le cours d’une existence. C’est ce qui est arrivé à Léa Santamaria. Aujourd’hui dirigeante de la librairie Les Libres Champs, véritable institution de Saint-Germain-des-Prés, elle revient sur les événements qui ont jalonné sa vie, d’une naissance à sa renaissance.

À 21 ans, la jeune Léa Santamaria est en pleine rébellion et réalise, avec stupeur, qu’elle est enceinte. Contre vents et marées, elle choisit de garder l’enfant. Sa famille, terrifiée, s’inquiète et la presse de questions : et les études ? Et l’argent ? Et l’avenir ? « J’étais dans une période survoltée. Je n’écoutais personne, alors j’ai tout envoyé balader ! L’école, la famille. Tout.». Le petit Théo naît dans ce contexte. Le père, décorateur pour le théâtre, la mère et l’enfant vivent alors modestement à Montreuil. Comment faire pour gagner sa vie ? Et celle du petit ? Elle exerce des boulots ici et là, vivote maigrement tout en élevant son fils. Sa tante s’installe alors dans une librairie du VIe arrondissement à Paris, à deux pas de l’école Alsacienne. Elle lui propose de venir travailler avec elle. « C’était dans la librairie Libres Champs, ma librairie actuelle. Le jour où j’ai mis un pied dedans, j’ai glissé. C’est devenu ma passion, la meilleure chose qui puisse m’arriver. J’y suis toujours, presque vingt ans plus tard. »


Labeur et bonheur

Novice, la jeune Léa ne connaît rien du monde des livres et doit tout apprendre. Elle intègre l’Institut national de formation de la librairie à Montreuil, seule école de France qui offre une formation dans son domaine, et se donne à corps perdu dans cette nouvelle aventure. « Je ne connaissais rien. J’ai tout appris en arrivant : les éditeurs, les diffuseurs, les commandes. J’allais chercher les livres tous les matins en voiture à Ivry-sur-Seine au Comptoir du livre, où il y a des entrepôts, et je revenais à la librairie. » Des années de labeur et de bonheur où Léa, avec son sourire et sa bienveillance, enchante ses nouveaux lecteurs. Les Libres Champs devient petit à petit une bonne adresse de quartier, un lieu secret que l’on donne à ses proches, comme un cadeau.




Un dilemme cornélien

Au milieu des années 2000, sa tante part en retraite, ce qui met en jeu l’avenir de la librairie. Comme souvent, tout bascule au même moment : le père de son fils lui annonce qu’il veut déménager dans le sud de la France et monter une troupe de théâtre. Que faire ? Elle hésite, le couple se sépare. Elle quitte Montreuil et s’installe à deux pas de la librairie, dans un minuscule studio, avec Théo. Mais l’angoisse la guette. « Ma chronologie personnelle croise celle des sorties de livres... Quand Philippe Labro a sorti son livre sur la dépression, j’ai compris que j’en faisais une aussi. » Heureusement, la suite ressemble à un conte de fées : un véritable prince charmant tombe fou amoureux d’elle quelques temps plus tard. « Il y a eu des âmes généreuses autour de moi. Mon amoureux de l’époque est devenu mon associé. Il m’a aidée à racheter le fonds de la librairie et j’ai pu créer ma société. » À partir de ce jour, Léa a donné un coup d’accélérateur pour que la librairie ouvre tôt (8 heures !) jusqu’au soir, accueillant ainsi tous les publics. « Le matin, les parents déposent les enfants à l’école, boivent un café et viennent à la librairie ensuite. En journée, nous accueillons les enfants à la sortie des écoles, et le soir j’anime des rencontres littéraires. C’est aussi le quartier des éditeurs, donc il y a pas mal de people ! »

Mère courage

Léa Santamaria n’a pas choisi le business le plus rassurant du moment. Menacés par les commerces en ligne, les libraires indépendants luttent en permanence pour rester ouverts. Juste dans le quartier de Saint-Germain, deux librairies ont fermé en 2018. Pourtant, son énergie et son enthousiasme sont restés intacts : « Être maman jeune m’a poussée à prendre vite de bonnes décisions. J’ai redoublé de forces. Je n’avais pas le droit d’aller mal. Il fallait tenir debout. Il y avait un petit garçon qui avait besoin de moi : ça a été une force en plus de me sentir maman. Depuis, j’ai toujours avancé.» En plus de ses activités de libraire, Léa fait aussi partie du jury permanent du Prix Cazes, qui récompense chaque année un auteur à l’esprit Rive Gauche, avec un je-ne-sais- quoi d’impertinence. Longue vie aux Libres Champs !


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