Créative entrepreneuse : Anne-Sophie Roquette

« Qu’est-ce qu’une vie réussie ? »


Difficile d’imaginer qu’Anne-Sophie Roquette est, comme elle le décrit, « une fille qui aime la moto, le sport et la finance ». Cette élégante blonde quarantenaire, ancienne directrice d’un fonds d’investissement, est aujourd’hui à la tête d’un e-shop de prêt-à-porter : L’Atelier 13. Elle revient sur les drames et les bonheurs qui ont fait bifurquer sa vie — pour le meilleur.

« Le monde de la finance est totalement dirigé par et pour les hommes. Ceux qui y font carrière font aussi le sacrifice de leur famille. Impossible de faire autrement. C’est un monde où personne n’est rentré avant 22h. » Véritable battante, Anne-Sophie Roquette n’est pas du genre à s’apitoyer : elle donne naissance à ses deux premières filles dans ce contexte ultra stressant et choisit de tout faire à la fois, quitte à en payer le prix fort. « Je n’ai pas pu allaiter longtemps. Au bureau, je cachais ma fatigue pour prouver que je pouvais rester performante ; mais on fond de moi, j’étais épuisée. » Il y a si peu de femmes dans les hautes sphères du business que les compléments de salaire pour congé maternité n’existent tout simplement pas. Longtemps abonnée aux journées à rallonge, l’idée de modifier sa manière de vivre fait lentement son chemin.


Renaissance(s)

Comment faire évoluer sa vie professionnelle, sans rompre radicalement avec ce métier qu’elle aime malgré tout ? « J’ai eu soudainement envie de m’intéresser aux jolies choses, aux choses soignées. Surtout, j’avais envie d’un troisième enfant. » Parce qu’elle ne peut pas rester inactive, elle tricote des quantités de pulls et de gilets les week-ends tout en surveillant ses petites jouer au parc. Pendant les siestes, et la nuit lorsque ses filles sont couchées, elle imagine L’Atelier 13 : un vestiaire féminin aux lignes souples, d’un goût parfait, pour les femmes qui, comme elle, ont longtemps donné un biberon à 6 heures et une présentation Powerpoint à 10 heures. Une continuité « business » qui lui est parfaitement naturelle.

Deux drames viennent bouleverser sa vie, et accélèrent sa prise de décision : sa mère, dont elle est très proche, décède brutalement alors qu’Anne-Sophie a 37 ans. « Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai réalisé que la vie n’allait pas être éternelle pour moi non plus. » Enfin, et ce n’est pas un détail, un des dirigeants de sa société a envers elle un comportement déplacé. Un traumatisme qui se soldera par un dégoût de toute forme de hiérarchie... Elle démissionne, et lance L’Atelier 13 : la vraie vie pouvait commencer.




Une histoire de famille

« Mes filles m’aident pour les idées. Elles aiment ce que je fais, adorent les pochettes, les bijoux. Elles savent qu’il y a une petite entreprise qui tourne et qui avance, et elles sont contentes que je sois plus disponible pour elles. » Le fait de rentrer tous les soirs avant 19 heures est une véritable révolution qu’elle savoure aujourd’hui pleinement, consciente de sa chance. Toujours très exigeante, elle estime qu’elle n’a jamais eu un patron aussi strict qu’elle-même. « Ce n’est jamais assez bien. Quand on est entrepreneur, on ne peut rien faire en dilettante. Ce projet doit tenir mais je suis prête à en vivre de manière modeste. » Aujourd’hui, ses revenus sont loin de ceux de son ancienne vie, mais Anne-Sophie Roquette n’en tire aucune frustration. Philosophe, elle se demande : « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Ce n’est pas gagner plein d’argent, mais d’avoir trouvé cet équilibre. » On lui souhaite beaucoup de bonheur.


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