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Un peu de drague féministe

L’été est propice aux rencontres, et cela fait belle lurette que les applications mobiles ont remplacé la drague sur la plage. Quid des applications féministes ? Renversent-elles vraiment la donne ? A l’ère du consentement, zoom sur deux d’entre elles : Bumble et Abricot.

Où sont les femmes ? Plus que la chanson de Patrick Juvet, c’est la vraie question à laquelle toute startup désireuse d’attaquer le marché de la rencontre amoureuse et sexuelle se confronte. Pour les attirer, et pour qu’elles fréquentent les sites avec un vrai sentiment de sécurité, les applications comme AdopteUnMec ou Gleeden ont misé dès leur création sur un discours mettant en avant des femmes parfaitement maîtres des jeux de la séduction.

Les précurseurs

AdopteUnMec, avec son pictogramme féminin poussant un homme dans son caddie, donne le la : ce sont elles qui regardent, et elles qui choisissent. Les hommes disposent d’un nombre limité de « charmes » par jour et les filles doivent les valider pour qu’une discussion démarre. Bien sûr, les « charmes » sont payants pour les hommes, tandis que les filles peuvent écrire aux garçons directement... Quant à Gleeden, une application pour personnes mariées cherchant une relation extra-conjugale, sa vertu reposerait sur le fait qu’elle ait été « pensée par une femme ». Depuis, deux nouvelles applications ont vu le jour, flirtant sur les mêmes arguments mais avec une caution féministe en plus : Bumble et Abricot. Mais au fait, comment ça marche, la drague féministe ?

Abricot, la poire en deux

Deux hommes issus d’une école de commerce et un ingénieur web se cachent derrière Abricot : une application qui propose aux clientes des profils d’hommes vérifiés via SMS et recrutés sur leur site. Une fois les casiers judiciaires et cartes d’identité des candidats vérifiés, un assistant personnel conseille virtuellement les clientes sur les profils sélectionnés. Ici, les femmes payent : dix euros pour accéder aux profils. L’avantage, c’est que les rencontres se font dans « la vraie vie », sans le filtre cruel du « swipe ». Une fois connectés, les utilisateurs, hommes et femmes, ont accès à un contenu de qualité, avec des articles mis régulièrement à jour : « Comment lui écrire un SMS sans paraître ni lourd ni désespéré ? » ou « Pourquoi disent-ils qu’on a passé un bon moment et disparaissent-ils juste après ? ». Une application bon chic bon genre qu’il fait bon fréquenter en terrasse, en attendant son eau gazeuse. Hum.

Bumble, au pays des abeilles

« Nous pensons que la vie est faite de belles rencontres et Bumble est le moyen le plus sûr de créer de nouvelles Connexions ! » nous annonce le site de rencontre, une fois son profil renseigné. L’application promeut la politesse, la confiance en soi et le respect. « Finis les connextions sans suite et les messages non sollicités. Sur Bumble Date, les femmes ont 24h pour engager la conversion, sans quoi la Connexion expire. » Avec une photo trouvée sur un moteur de recherche, nous nous connectons. Malheureusement, ce jour-là, la ruche est vide, et l’application nous propose vite d’activer le « Boost » : la version payante (79 euros pour 6 mois) pour voir les profils intéressés… Plus en vogue en Amérique du Nord, Bumble fait florès à Montréal où Jeanne a rencontré son amoureux : « Ce sont les filles qui choisissent, ce sont elles qui ont vraiment le contrôle de la situation » nous dit-elle, serrant la main de son chéri.

Les lois du marché

Ces applications sont-elles pour autant féministes ? « Comme le féminisme est à la mode, le marketing s’en empare » commente Marco Caramelli, ex-professeur de marketing à l’INSEEC. « Pour les applications de rencontre, la seule chose qui compte, c'est la qualité de l'expérience des utilisateurs, qui détermine leur satisfaction. Et cette qualité exige un certain ratio hommes/femmes ainsi que des mécanismes qui permettent d'éviter aux hommes de se sentir frustrés si le nombre de femmes est trop faible, et d'éviter aux femmes de se sentir assaillies si elles ne disposent pas d'un moyen de réguler les sollicitations. » Devant tant d’inégalités, tant pécuniaires que personnelles, on peut se demander si on lutte ici pour l’égalité… ou les seules lois du marché. Mais force est de constater que les couples se forment réellement depuis ces sites et pour longtemps, loin du spectre uniquement financier de la loterie amoureuse.
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